Mr Ermessent E.L. Maire
de Carrouges
mercredi 15 septembre
1999 Conseiller général de L’ORNE Tél : 02 33 27 21 33 Fax : 02 33 27 25 12
La mondialisation ou parlez moi d’amour.
La
mondialisation est en marche et avance à pas pressés. Cette avancée se
fait dans l’indifférence ou avec l’appui de la majorité du monde
politique et économique. C’est un dogme salvateur. Cette mondialisation
est-elle, dans sa nature, un fait ou acte politique qui s’inscrirait
dans une philosophie crématiste vilipendée en son temps par Aristote ? Si
la mondialisation est un acte politique, elle doit s’inscrire dans ce
cadre, en révélant des caractéristiques fondamentales qui sont propre à
sa nature. Deux fondamentales me viennent à l’esprit : - La première est l’exercice du pouvoir et sa conservation. Peut-on
dire qu’actuellement ce nouvel arrangement du monde obéisse à des
injonctions politiques ? A entendre les uns et les autres (hommes
politiques) s’excuser sans cesse auprès des laissés-pour-compte de la
mondialisation, ils ne peuvent agir car c’est à cause de cette
mondialisation obligée que leur malheur arrive. Les licenciements ou
attentes d’emplois actuels c’est à cause de la mondialisation. C’est
sans doute vrai en partie. Alors il n’y a que deux hypothèses, ils sont
soit réellement impuissants (Qui exerce le pouvoir dans ce cas ?) soit
en accord avec ce qui se passe. En tant que responsable politique
du devenir des peuples dont ils ont la responsabilité dans un cas comme
dans l’autre, ils manquent à la mission qui leur est assignée de
maintenir les progrès accomplis par la nation dans le domaine social,
dans le recul des inégalités et des injustices, tant au niveau national
qu’au niveau international. Ce
constat d’impuissance (ou de connivence) induit un corollaire : celui
qui perd la puissance d’agir perd le pouvoir. Cette perte du pouvoir se
fait au détriment des peuples en toute évidence, mais au profit de qui
? Je reprendrai ici une phrase entendue dans la bouche d’un grand
argentier national : «les pertes se socialisent et les profits se
capitalisent ». La réponse y est tout entière contenu : le pouvoir est
aux mains du capital circulant mondial qui déplace des milliards en
quelques instants avec comme seul objet le profit financier pour le
profit ; grand jeu de Monopoly à l’échelle mondiale qui sacrifie sur ce
nouvel autel du veau d’or des milliers d’hommes et de femmes. Les
politiques font payer, dans tous les sens du terme, leur impuissance à
leurs mandants. Cet
abandon bon gré ou malgré de leur pouvoir par les politiques entraîne
la non mise en œuvre de la seconde caractéristique qui est leur. -
Tout politique digne de ce nom œuvre pour l’épanouissement de la nation
dont il a la charge. Cet épanouissement n’est pas une abstraction
standardisée mais bien la conséquence d’une somme de facteurs inscrits
dans l’histoire de chacune d’elle. Chacune de ces histoires est
parvenue à un stade de développement et d’épanouissement apprécié à la
lumière de critères communs qui vont du respect des libertés
individuelles aux satisfactions des besoins fondamentaux en passant par
la sécurité… La
mondialisation telle qu’elle se développe ne semble pas prendre le
chemin de l’affirmation concrète et pratique de ces critères. Elle
semble revenir au principe avancé par les économistes comme étant le
principe fondamental du développement de toute économie, le rapport de
maître à esclave, dans sa forme la plus primitive. L’homme est
comptabilisé comme un moyen de production mis en concurrence avec toute
autre forme de moyens. Il n’est qu’une machine à produire que l’on
prend et que l’on jette au vu des résultats de l’analyse des profits.
Cette démarche tend ainsi à nier toute spécificité à tout élément de
cette mondialisation et applique une procédure de normalisation
anglo-saxonne dans son essence à la planète. Si cette démarche était
souhaitée et souhaitable nous ne verrions pas éclore ces revendications
identitaires le plus souvent manipulées par des apôtres de nouvelles
politiques sur fond culturel xénophobe ou cultuel dévoyé. D’autre part,
elle tue l’expression individuelle de création et d’initiative qui ne
s’inscrit pas dans une démarche collective concordant avec la
mondialisation. L’espace de liberté de chaque nation, de chaque
individu s’amenuise par la main mise de ces grands groupes et de tout
un courant maffieux mondial sur les instruments économiques et
politiques mondiaux. Cette
extra- territorialité et supra- nationalité des acteurs de la
mondialisation leur permet toute action, même la plus inhumaine et
délictueuse, en toute impunité. N’avons nous pas entendu récemment la
possibilité de légaliser l’usage de véhicules volés sous prétexte qu’il
serait plus onéreux de les restituer à leur propriétaire d’origine ? Ne
peut-on pas laisser des grands groupes polluer la planète et
empoisonner des populations en toute impunité, ruiner des milliers
d’épargnants et continuer d’avoir pignon sur rue ? Ils sont absout car
ils respectent la seule loi en vigueur atteindre le gigantisme de la
mondialisation au-dessus de toutes les lois. La
mondialisation étend, à minimum ne réduit pas, l’insécurité à travers
le monde. Point n’est besoin d’en faire démonstration, chacun la vit
peu ou prou. Ceci est dû à cette absence de lois pour les uns, ce qui
rend difficilement acceptable leur existence pour les autres.
Les droits fondamentaux de chaque individu, ne serait-ce que celui de vivre là où il est né, sont loin de s’améliorer. Est-ce
un mal pour un bien ? Un avenir meilleur est-il au bout de cette grande
entreprise ? Faut-il faire machine arrière et faire se recroqueviller
dans ses frontières chaque peuple, chaque nation et cesser de coopérer
? Je répondrais non à chacune de ces interrogations. Un mal est un mal chaque fois qu’il survient alors qu’il était évitable. L’avenir ne semble pas meilleur, mesuré à l’aune de la satisfaction d’une majorité d’hommes et de femmes de tout pays. Il
n’est pas non plus souhaitable, ni possible, de revenir au stade ou
chaque pays élevaient des barrières quasi infranchissables pour les
autres. Il nous faut poursuivre dans la coopération internationale de
toutes les nations. Toutefois, pour que nous nous placions dans une
configuration de vrai progrès pour l’humanité, il est urgent que la
politique reprenne le pas sur l’économique. Elle doit de nouveau et
peut-être pour la première fois édicter des lois qui soumettent le
monde à un vrai état de droit. Ce droit doit s’inscrire dans deux
directions : Il doit respecter us et coutumes de chaque pays coopérant et empêcher que l’un impose ses lois aux autres ;
Il doit mettre en œuvre les moyens de faire appliquer dans l’espace de
coopération international, des règles législatives qui permettent à
chaque nation de s’ouvrir en tenant compte de son degré de capacité à
le faire équitablement, de manière évolutive, intégrant son niveau de
transfert social des progrès économiques.
La France n’a pas à imposer son modèle socio-économique à tout autre pays mais la réciproque doit être vraie. Avec
un peu plus de conviction et investis des responsabilités qui sont les
leurs, nos chefs d’états et de gouvernement se doivent de tendre vers
un Concordat international mais sans sacrifier les trois quarts de
l’humanité au quart restant. Qu’ils cessent de croire ces démiurges,
bâtisseurs d’empires économiques ou de théories sans cesse prisent en
défaut. Le but ultime de toute économie humaine est de parvenir à une
plus grande satisfaction pour un effort identique. Ce n’est pas vouloir
fabriquer un bonheur artificiel pour tous. Le politique doit au moins
veiller à ce que le développement ne sacrifie, plus ou moins
irrémédiablement, l’avenir de nos millions d’enfants et d’adultes
d’aujourd’hui. Il doit tout mettre en œuvre pour éviter les pertes de
chances qui ne soient pas dues au plein exercice de la liberté
individuelle. Ce doit être tout le sens de la démarche d’un vrai
démocrate soucieux de la conversion des progrès économiques en plus
values sociales équitablement réparties. La politique se doit être un
espoir qui prend sa source dans le quotidien actuel et qui ne remet pas
sans cesse le bonheur possible à demain. Le
vingt et unième siècle serait spirituel ou ne serait pas selon certain.
Il me semble qu’il sera politique ou sera sans lendemain. L’homme sera toujours fait d’amour et de haine, il nous faut juste un plus d’amour pour que l’avenir soit possible. C’est aux politiques d’en fournir les conditions.
Ecrit le 15 septembre 1999 et toujours d’actualité,
Reprise de cette analyse politique :
Le 09 Octobre 2005
Y
ajouterai-je, sans prétention ni forfanterie, que les moyens politiques
et d’administrations économiques et financiers existent pour parvenir
au respect des principes que j’énonce ? Il n’est pas dans mes habitudes
de me positionner sur le terrain des critiques pour y faire acte de
démagogie et emboîter le pas de ces démiurges populistes qui bâtissent
leurs théories et actions politiques sur la fabrication de boucs
émissaires et la défense d’intérêts catégoriels égoïstes. Ils avancent
la notion de nation mais c’est pour la détruire dans ce qu’elle a eu et
a d’essentiel, c'est-à-dire sa capacité à se souder face à l’adversité
et faire partager par ceux qu’elle accueille cette notion d’intérêt
commun. Celui-ci
bien compris et respectueux des identités et des différences, dépasse
de beaucoup le strict cadre de la nation française et des limites
frontalières qui sont les siennes, sans donner de leçons aux autres ni
en se positionnant comme une entité géopolitique et historique de
référence. Nous
avons une histoire riche qui traverse les siècles et se superpose dans
beaucoup d’endroit à l’histoire du monde moderne. Nous ne sommes pas
les seuls. Nous n’avons pas apporté que du progrès au cours de nos
différents démêlés historiques à travers le monde. Devons-nous sans
cesse battre notre coulpe et culpabiliser les générations actuelles et
futures ou bien considérer que, si l’histoire de la France est, comme
son drapeau, en partie tachée du rouge des sangs versés, il n’a pas
plus coulé de notre fait que du fait de bien d’autres histoires, de
bien d’autres nations. Ce n’est pas non plus une excuse, mais ce qui
fut un mode de rapport conflictuel, n’est aujourd’hui, que transféré du
terrain d’exercice militaire vers celui de l’économie marchande. La
guerre militaire est remplacée par la guerre économique. On peut s’en
réjouir car la saignée est moins brutale mais elle est là et au bout du
compte, les morts se comptent déjà et se compteront par millions sans
qu’il soit dit un mot car elles sont anonymes et silencieuses. Jusqu’à
quand… Faut il que nous continuions de savoir exploité des millions
d’hommes de femmes et d’enfants, sans réagir, pour préserver les
profits de « fonds de pension » et notre pouvoir d’achat ? Ne nous
faut-il pas dire à nos politiques, nationaux, européens que si le
peuple de France est disposé à travailler avec tous les peuples du
monde ce n’est pas à n’importe quel prix ou condition ? Pour
cela il est urgent que les règles des prélèvements obligatoires, qui
sont l’expression (ou doivent l’être) des choix politiques en matière
de redistribution sociale de la richesse et des capacités productrices
de celle-ci, soient profondément modifiées. Il
faut un toilettage, radical et en profondeur de ceux-ci, qui
intègrerait enfin la notion consumériste comme notion convergente de
toute production et action humaine, sans préjuger de la nature de
l’échange. La
complexité et la topologie actuelle de nos prélèvements sont
contreproductifs et nous tirent irrémédiablement vers l’abîme de
l’endettement et des déficits jusqu’au jour où… Voyons
plus grand que nos politiques, ayons une ambition pour nous car elle
sera celle de la France et celle de l’Europe capable de partager avec
les autres ses richesses et ses savoirs. Demandons-leur le droit d’être
citoyen et cela ne peut se faire sans liberté qui implique le risque. Celui qui ne peut risquer (dans) sa vie, la perd.
25 Mars 2009
Je
reprends un instant la plume (!) pour souligner la persistante et
désespérante actualité des propos que je tenais (et teins toujours)
depuis 1999 et bien avant. Nous sommes restez dans l’obsolescence de et la caducité de systèmes financiers, économiques, commerciaux et politiques. Dans
mes précédents propos, j’y comprenais implicitement la dimension
durable de tout acte commercial issu lui-même d’un processus
économique inscrivant dans sa validation marchande cette même notion.
Elle reconsidère l’inscription de l’homo économicus d’un statut que
l’on pourrait qualifier de pré-copernicien et pré-évolutionniste dans
un statut le plongeant dans une double infinitude, celle de la plongée
dans l’observation, la compréhension de la fragilité de son espace
terrestre pour la prise en compte de l’impact de ses actions et celle
du regard vers l’infinitude universelle pour s’y reconstruire un avenir
certain . Aujourd’hui
la crise est là. Sera-t-elle antique et un aboutissement pour un
renouveau ou bien un moment difficile dans lequel nos énergies se
gaspilleront à vouloir retrouver un passé révolu ? Plus de sens et moins d’agitation vaine.
Mr Ermessent E.L
Mot du Maire à l'occasion des voeux 2009 |