La Page du Maire
Mr  Ermessent E.L.
Maire de Carrouges                                                                                                            mercredi 15 septembre 1999   
Conseiller général de L’ORNE
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La mondialisation ou parlez moi d’amour.

La mondialisation est en marche et avance à pas pressés. Cette avancée se fait dans l’indifférence ou avec l’appui de la majorité du monde politique et économique. C’est un dogme salvateur. Cette mondialisation est-elle, dans sa nature, un fait ou acte politique qui s’inscrirait dans une philosophie crématiste vilipendée en son temps par Aristote ?
Si la mondialisation est un acte politique, elle doit s’inscrire dans ce cadre, en révélant des caractéristiques fondamentales qui sont propre à sa nature. Deux fondamentales me viennent à l’esprit :
- La première est l’exercice du pouvoir et sa conservation.
Peut-on dire qu’actuellement ce nouvel arrangement du monde obéisse à des injonctions politiques ? A entendre les uns et les autres (hommes politiques) s’excuser sans cesse auprès des laissés-pour-compte de la mondialisation, ils ne peuvent agir car c’est à cause de cette mondialisation obligée que leur malheur arrive. Les licenciements ou attentes d’emplois actuels c’est à cause de la mondialisation. C’est sans doute vrai en partie.
Alors il n’y a que deux hypothèses, ils sont soit réellement impuissants (Qui exerce le pouvoir dans ce cas ?) soit en accord avec ce qui se passe. En tant que responsable politique du devenir des peuples dont ils ont la responsabilité dans un cas comme dans l’autre, ils manquent à la mission qui leur est assignée de maintenir les progrès accomplis par la nation dans le domaine social, dans le recul des inégalités et des injustices, tant au niveau national qu’au niveau international.

Ce constat d’impuissance (ou de connivence) induit un corollaire : celui qui perd la puissance d’agir perd le pouvoir. Cette perte du pouvoir se fait au détriment des peuples en toute évidence, mais au profit de qui ? Je reprendrai ici une phrase entendue dans la bouche d’un grand argentier national : «les pertes se socialisent et les profits se capitalisent ». La réponse y est tout entière contenu : le pouvoir est aux mains du capital circulant mondial qui déplace des milliards en quelques instants avec comme seul objet le profit financier pour le profit ; grand jeu de Monopoly à l’échelle mondiale qui sacrifie sur ce nouvel autel du veau d’or des milliers d’hommes et de femmes. Les politiques font payer, dans tous les sens du terme, leur impuissance à leurs mandants.
Cet abandon bon gré ou malgré de leur pouvoir par les politiques entraîne la non mise en œuvre de la seconde caractéristique qui est leur.
- Tout politique digne de ce nom œuvre pour l’épanouissement de la nation dont il a la charge. Cet épanouissement n’est pas une abstraction standardisée mais bien la conséquence d’une somme de facteurs inscrits dans l’histoire de chacune d’elle. Chacune de ces histoires est parvenue à un stade de développement et d’épanouissement apprécié à la lumière de critères communs qui vont du respect des libertés individuelles aux satisfactions des besoins fondamentaux en passant par la sécurité…
La mondialisation telle qu’elle se développe ne semble pas prendre le chemin de l’affirmation concrète et pratique de ces critères. Elle semble revenir au principe avancé par les économistes comme étant le principe fondamental du développement de toute économie, le rapport de maître à esclave, dans sa forme la plus primitive. L’homme est comptabilisé comme un moyen de production mis en concurrence avec toute autre forme de moyens. Il n’est qu’une machine à produire que l’on prend et que l’on jette au vu des résultats de l’analyse des profits. Cette démarche tend ainsi à nier toute spécificité à tout élément de cette mondialisation et applique une procédure de normalisation anglo-saxonne dans son essence à la planète. Si cette démarche était souhaitée et souhaitable nous ne verrions pas éclore ces revendications identitaires le plus souvent manipulées par des apôtres de nouvelles politiques sur fond culturel xénophobe ou cultuel dévoyé. D’autre part, elle tue l’expression individuelle de création et d’initiative qui ne s’inscrit pas dans une démarche collective concordant avec la mondialisation. L’espace de liberté de chaque nation, de chaque individu s’amenuise par la main mise de ces grands groupes et de tout un courant maffieux mondial sur les instruments économiques et politiques mondiaux.
Cette extra- territorialité et supra- nationalité des acteurs de la mondialisation leur permet toute action, même la plus inhumaine et délictueuse, en toute impunité. N’avons nous pas entendu récemment la possibilité de légaliser l’usage de véhicules volés sous prétexte qu’il serait plus onéreux de les restituer à leur propriétaire d’origine ? Ne peut-on pas laisser des grands groupes polluer la planète et empoisonner des populations en toute impunité, ruiner des milliers d’épargnants et continuer d’avoir pignon sur rue ?  Ils sont absout car ils respectent la seule loi en vigueur atteindre le gigantisme de la mondialisation au-dessus de toutes les lois.
La mondialisation étend, à minimum ne réduit pas, l’insécurité à travers le monde. Point n’est besoin d’en faire démonstration, chacun la vit peu ou prou. Ceci est dû à cette absence de lois pour les uns, ce qui rend difficilement acceptable leur existence pour les autres.

Les droits fondamentaux de chaque individu, ne serait-ce que celui de vivre là où il est né, sont loin de s’améliorer.
Est-ce un mal pour un bien ?
Un avenir meilleur est-il au bout de cette grande entreprise ?
Faut-il faire machine arrière et faire se recroqueviller dans ses frontières chaque peuple, chaque nation et cesser de coopérer ?

Je répondrais non à chacune de ces interrogations.
Un mal est un mal chaque fois qu’il survient alors qu’il était évitable.
L’avenir ne semble pas meilleur, mesuré à l’aune de la satisfaction d’une majorité d’hommes et de femmes de tout pays.
Il n’est pas non plus souhaitable, ni possible, de revenir au stade ou chaque pays élevaient des barrières quasi infranchissables pour les autres. Il nous faut poursuivre dans la coopération internationale de toutes les nations.
Toutefois, pour que nous nous placions dans une configuration de vrai progrès pour l’humanité, il est urgent que la politique reprenne le pas sur l’économique. Elle doit de nouveau et peut-être pour la première fois édicter des lois qui soumettent le monde à un vrai état de droit. Ce droit doit s’inscrire dans deux directions :

    Il doit respecter us et coutumes de chaque pays coopérant et empêcher que l’un impose ses lois aux autres ;
    Il doit mettre en œuvre les moyens de faire appliquer dans l’espace de coopération international, des règles législatives qui permettent à chaque nation de s’ouvrir en tenant compte de son degré de capacité à le faire équitablement, de manière évolutive, intégrant son niveau de transfert social des progrès économiques.

La France n’a pas à imposer son modèle socio-économique à tout autre pays mais la réciproque doit être vraie.
Avec un peu plus de conviction et investis des responsabilités qui sont les leurs, nos chefs d’états et de gouvernement se doivent de tendre vers un Concordat international mais sans sacrifier les trois quarts de l’humanité au quart restant. Qu’ils cessent de croire ces démiurges, bâtisseurs d’empires économiques ou de théories sans cesse prisent en défaut. Le but ultime de toute économie humaine est de parvenir à une plus grande satisfaction pour un effort identique. Ce n’est pas vouloir fabriquer un bonheur artificiel pour tous. Le politique doit au moins veiller à ce que le développement ne sacrifie, plus ou moins irrémédiablement, l’avenir de nos millions d’enfants et d’adultes d’aujourd’hui. Il doit tout mettre en œuvre pour éviter les pertes de chances qui ne soient pas dues au plein exercice de la liberté individuelle. Ce doit être tout le sens de la démarche d’un vrai démocrate soucieux de la conversion des progrès économiques en plus values sociales équitablement réparties. La politique se doit être un espoir qui prend sa source dans le quotidien actuel et qui ne remet pas sans cesse le  bonheur possible  à demain.
Le vingt et unième siècle serait spirituel ou ne serait pas selon certain. Il me semble qu’il sera politique ou sera sans lendemain.
L’homme sera toujours fait d’amour et de haine, il nous faut juste un plus d’amour pour que l’avenir soit possible.
C’est aux politiques d’en fournir les conditions.


Ecrit le 15 septembre 1999 et toujours d’actualité,

Reprise de cette analyse politique :                                                                                                                                Le 09 Octobre  2005


Y ajouterai-je, sans prétention ni forfanterie, que les moyens politiques et d’administrations économiques et financiers existent pour parvenir au respect des principes que j’énonce ? Il n’est pas dans mes habitudes de me positionner sur le terrain des critiques pour y faire acte de démagogie et emboîter le pas de ces démiurges populistes qui bâtissent leurs théories et actions politiques sur la fabrication de boucs émissaires et la défense d’intérêts catégoriels égoïstes. Ils avancent la notion de nation mais c’est pour la détruire dans ce qu’elle a eu et a d’essentiel, c'est-à-dire sa capacité à se souder face à l’adversité et faire partager par ceux qu’elle accueille cette notion d’intérêt commun.
Celui-ci bien compris et respectueux des identités et des différences, dépasse de beaucoup le strict cadre de la nation française et des limites frontalières qui sont les siennes, sans donner de leçons aux autres ni en se positionnant comme une entité géopolitique et historique de référence.
Nous avons une histoire riche qui traverse les siècles et se superpose dans beaucoup d’endroit à l’histoire du monde moderne. Nous ne sommes pas les seuls.  Nous n’avons pas apporté que du progrès au cours de nos différents démêlés historiques à travers le monde. Devons-nous sans cesse battre notre coulpe et culpabiliser les générations actuelles et futures ou bien considérer que, si l’histoire de la France  est, comme son drapeau, en partie tachée du rouge des sangs versés, il n’a pas plus coulé de notre fait que du fait de bien d’autres histoires, de bien d’autres nations. Ce n’est pas non plus une excuse, mais ce qui fut un mode de rapport conflictuel, n’est aujourd’hui, que transféré du terrain d’exercice militaire vers celui de l’économie marchande. La guerre militaire est remplacée par la guerre économique. On peut s’en réjouir car la saignée est moins brutale mais elle est là et au bout du compte, les morts se comptent déjà et se compteront par millions sans qu’il soit dit un mot car elles sont anonymes et silencieuses. Jusqu’à quand… Faut il que nous continuions de savoir exploité des millions d’hommes de femmes et d’enfants, sans réagir, pour préserver les profits de « fonds de pension » et notre pouvoir d’achat ? Ne nous faut-il pas dire à nos politiques, nationaux, européens que si le peuple de France est disposé à travailler avec tous les peuples du monde ce n’est pas à n’importe quel prix ou condition ?
Pour cela il est urgent que les règles des prélèvements obligatoires, qui sont l’expression (ou doivent l’être) des choix politiques en matière de redistribution sociale de la richesse et des capacités productrices de celle-ci, soient profondément modifiées.
Il faut un toilettage, radical et en profondeur de ceux-ci, qui intègrerait enfin la notion consumériste comme notion convergente de toute production et action humaine, sans préjuger de la nature de l’échange.
La complexité et la topologie actuelle de nos prélèvements sont contreproductifs et nous tirent irrémédiablement vers l’abîme de l’endettement et des déficits jusqu’au jour où…
Voyons plus grand que nos politiques, ayons une ambition pour nous car elle sera celle de la France et celle de l’Europe  capable de partager avec les autres ses richesses et ses savoirs. Demandons-leur le droit d’être citoyen et cela ne peut se faire sans liberté qui implique le risque.
Celui qui ne peut risquer (dans) sa vie,  la perd.


25 Mars  2009

Je reprends un instant la plume (!) pour souligner la persistante et désespérante actualité des propos que je tenais (et teins toujours) depuis 1999 et bien avant.
Nous sommes restez dans l’obsolescence de et la caducité de systèmes financiers, économiques, commerciaux et politiques.
Dans mes précédents propos, j’y comprenais implicitement la dimension durable de tout acte commercial issu lui-même d’un processus économique  inscrivant dans sa validation marchande cette même notion. Elle reconsidère l’inscription de l’homo économicus d’un statut que l’on pourrait qualifier de pré-copernicien et pré-évolutionniste dans un statut le plongeant dans une double infinitude, celle de la plongée dans l’observation, la compréhension de la fragilité de son espace terrestre pour la prise en compte de l’impact de ses actions et celle du regard vers l’infinitude universelle pour s’y reconstruire un avenir certain .
Aujourd’hui la crise est là. Sera-t-elle antique et un aboutissement pour un renouveau ou bien un moment difficile dans lequel nos énergies se gaspilleront à vouloir retrouver un passé révolu ?
Plus de sens et moins d’agitation vaine.

                                                                                                                         Mr  Ermessent E.L  


Mot du Maire à l'occasion des voeux  2009
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