Le département de l'Orne et son histoire Le territoire du département de l'Orne faisait
partie de la
Gaule celtique : les peuples qui l'habitaient
portaient le nom générique d'Aulerci. C'était, à ce qu'il
semble, à Alençon ( qui tient son nom de ce peuple) que se
réunissaient les députés des trois tribus dont se composaient leur
fédération, et qui étaient les Aulerques Éburovices (capitale,
Ebroïcum, Évreux), les Aulerces Cénomans (capitale,
Subdinum, Le Mans), et enfin les Aulerces Diablintes ;
ceux-ci occupaient la plus grande partie du territoire qui
formera plus tard le département de l'Orne.
A l'époque où César vint asservir les Gaules,
Crassus, son lieutenant, pénétra dans le pays avec la
7e légion, et le soumit facilement ; mais, plus
tard, sous la conduite de Viridovix, ces peuples et leurs voisins se
soulevèrent et mirent en péril le lieutenant de César, Titurius
Sabinus, qui était entré dans leur pays à la première nouvelle de
l'insurrection. César raconte, dans ses Commentaires, que l'armée de Viridovix s'était
grossie d'une foule de brigands et d'hommes perdus, venus de
tous les points de la
Gaule : insulte ordinaire des oppresseurs, qui
ne se contentent pas d'écraser ceux qui leur résistent, mais veulent
encore les déshonorer.
Quoi qu'il en soit, Sabinus, se trouvant dans
une position critique, fut obligé de se retrancher dans un lieu
fortifié. Entouré par l'armée de Viridovix, qui lui offrit vainement
la bataille, il encouragea à dessein l'audace des assaillants, leur
envoya même un des Gaulois qui servaient dans ses troupes pour leur
faire un tableau meurtrier du découragement des Romains, et les
engager à en profiter. Les confédérés se décident à attaquer Sabinus
dans ses retranchements. « Les Romains, dit
César, étaient campés sur une hauteur, d'une pente douce et aisée,
d'environ mille pas. Ces barbares la montent en courant de toutes
leurs forces, pour ne point leur laisser le temps de se réunir et de
s'armer, et arrivent hors d'haleine au pied des retranchements.
Sabinus, après avoir, par ses discours, excité l'ardeur de ses
soldats, donne le signal. Pendant que les ennemis étaient
embarrassés des fascines qu'ils portaient pour combler les fossés,
il ordonne une double sortie par deux portes du camp. L'avantage de
la position, l'inexpérience et l'épuisement des barbares, la
bravoure de nos soldats et leur habitude de la guerre, firent que
l'ennemi ne soutint pas même le premier choc, et prit aussitôt la
fuite. » Le carnage fut
effroyable.
A l'époque de l'insurrection générale des
Gaulois excitée par Vercingétorix, nous retrouvons encore dans les
Commentaires de César les Aulerces payant
bravement leur dette à la patrie commune. Sous la conduite de
Camulogène, réunis aux Parisii, ils viennent offrir la
bataille à Sabinus, près de Lutèce. L'aile gauche des Gaulois
plia ; mais la droite, où se trouvait Camulogène, résista
intrépidement : ils se firent tuer jusqu'au
dernier.
L es habitants d'Essai étaient seuls restés
tranquilles pendant ces insurrections. César les favorisa aux dépens
des populations moins patientes et plus patriotiques des environs.
Leur puissance grandit rapidement sous la domination romaine ;
mais, pendant le IVe siècle de l'ère chrétienne, les pirates saxons,
après avoir formé divers établissements sur la côte,
remontent l'Orne, ravagent et détruisent tout sur le territoire des
Essuins, et bâtissent, à deux lieues d'Essai, une nouvelle ville,
Saxia ou Sées, qui acquit bientôt une grande importance. Les
Saxons ne tardèrent pas à se convertir au christianisme, et, parmi
les évêques de Sées, on trouve les noms de Sigisbold, de Sanobod,
qui révèlent une origine saxonne.
Pendant l'effroyable désordre auquel les
invasions des barbares livrèrent la Gaule,
l'Armorique (Bretagne) et les populations dont nous nous occupons
formèrent une vaste confédération qui maintint quelque temps son
indépendance. Ravagé par les Alains et par une nouvelle invasion des
Saxons, le pays se soumit à Clovis.
Pendant la période suivante, l'histoire de cette
contrée reste fort obscure : nous trouvons que la plus grande
partie de cette région dépend d'un archidiaconat nommé
Hiesmois ou Oximisum, dont le chef-lieu était
Oximum ou Hiesme, maintenant Exmes, bourg
voisin d'Argentan. Pendant cette période, nous voyons grandir la
puissance de Sées, à laquelle succèdera, vers le Xe
siècle, celle d'Alençon.
Mais les Normands ont envahi le pays, et le
faible Charles le Simple a été obligé de le céder à Rollon, leur
duc. Richard I er , duc de Normandie, donne, en
943, à Yves de Creil ou de Bellême, dont il veut récompenser les
services, l'Alençonnais et une assez grande étendue de territoire.
Le nouveau possesseur réunit à ces domaines le Perche (Mortagne,
Verneuil et Laigle), et la puissance de sa famille se fonde
définitivement sous son fils Guillaume l er de
Bellême, qui, le premier, prit le nom de
Talvas.
C e fut lui qui éleva les châteaux de Sées, d'Alençon, de Domfront.
Mais Robert duc de Normandie, voulant le punir de s'être déclaré
contre lui dans la guerre qu'il avait entreprise contre son frère et son
prédécesseur Richard III, vint l'assiéger dans Alençon. Le
vieux Talvas fut obligé de capituler et de venir pieds nus, en
chemise et une selle sur le dos, demander grâce au duc irrité :
Son dos offrit à
chevaucher, Ne se peut plus humilier.
dit le Roman de Rou. Au
prix de cette humiliation, le vieillard garda ses possessions ;
ses quatre fils jurèrent de le venger. Ils s'armèrent, mais ils
furent défaits dans la forêt de Blavon. Guillaume eut deux de ses
fils tués dans cette guerre ; en recevant la nouvelle de leur
mort, déjà malade, il mourut sur-le-champ. L'aîné des deux fils de
Guillaume Ier, Robert, lui succéda ; mais, fait
prisonnier par le comte du Maine, il fut tué à coups de hache dans
sa prison.
Son frère, Guillaume II Talvas, lui
succéda. II reçut le surnom de Talvas le Cruel, et le
justifia. Il fait étrangler sa femme Hildeburge. Il se remarie et
invite à son banquet de noces Guillaume Giroie, chevalier loyal, qui
avait eu jadis des différends avec la famille de
Tairas.
M algré Ies représentations de son frère Raoul,
Giroie se confie à Talvas le Cruel et se rend à ses noces. Au milieu
du festin, Talvas le fait saisir et part pour la chasse. Pendant
qu'il se livre au plaisir de la chasse, ses bourreaux ont, par son
ordre, crevé les yeux, coupé le nez et les oreilles du malheureux
Giroie, qui est jeté en prison. La tour où il fut enfermé, et qui se
voyait encore un peu avant la Révolution à l'entrée du château d'Alençon, avait gardé le nom de
Tour de Giroie ; mais la vengeance s'appesantit bientôt
sur cette horrible famille des Talvas. Le fils de Talvas II,
Arnould, chasse son père de ses domaines et est lui-même étranglé
dans son lit. Talvas le Cruel mourut à Domfront, en
1052.
Quatre années auparavant, profitant de l'horreur
qu'inspirait Talvas, le comte d'Anjou s'était emparé d'Alençon.
Guillaume le Conquérant, duc de Normandie, vint lui-même pour
reprendre la ville. Quand il s'approcha des murs, les Angevins, qui
les défendaient, se mirent à railler le jeune duc, criant à la
manière des pelletiers : « A la pel !
à la pel ! » allusion au métier que faisait le
grand-père de Guillaume, un pelletier de Falaise dont Robert de
Normandie avait séduit la fille. Guillaume le Bâtard jura par la resplendeur de Dieu qu'il se vengerait. Il
tint parole. Il fit couper les pieds et les mains aux trente
premiers Angevins qu'il put saisir : la ville, effrayée, se
rendit.
Mabille de Bellême, fille de Talvas le Cruel et
héritière de son duché, avait épousé Robert de Montgomery ; la
famille de Montgomery devait donner cinq seigneurs à Alençon. Robert
étant parti pour l'Angleterre, sa femme surnommée" la Louve
d'Alençon", atroce comme toute sa famille, régna par le fer et le
poison. Elle tenta d'empoisonner Ernauld, le chef de la maison
rivale de Giroie. Celui-ci refusa le verre de vin qu'on lui
présentait. Un de ses compagnons le prit sans défiance . C'était le
frère de Montgomery, Gilbert ; il mourut, trois jours après, du
poison qui ne lui était pas destiné.
Une autre fois, Mabille fut plus heureuse et
réussit à faire empoisonner Ernauld par son chambellan. Mais un jour
Mabille avait été visiter le château de Barre-sur-Dives, appartenant
à un de ses fils. Elle s'était endormie après avoir pris un bain. On
la trouva la tête coupée. L'émotion fut universelle : on soumit
un gentilhomme que l'on soupçonnait, Pantouf, à l'épreuve du
feu : il la subit victorieusement. On sut depuis que l'auteur
du meurtre était Hugues de Salgey , auquel Mabille avait pris
le château de la Roche qui porte actuellement son nom, et qui,
s'étant introduit furtivement dans le château de Barre pendant son
sommeil, s'était vengé et était parti aussitôt pour l'Italie sud de
Robert Giscard de Hauterive , refuge ordinaire, à cette époque, de
tous les aventuriers normands et de tous ceux qu'un meurtre
éloignait de leur pays.
L'Aîné des Montgomery, en héritant de la seigneurie des
Talvas, semblait avoir hérité de leur cruauté. Pour se
racheter ce
dernier des comtes d'Alençon de la maison de Montgomery, Robert de
Bellême, accompagna Philippe-Auguste en Palestine. Il mourut sans
enfants ; Philippe-Auguste, qui s'était emparé de
la
Normandie sur Jean-sans-Terre, aprés la
malencontreuse mort de Richard Coeur de Lion de retour de croisade,
acheta le comté d'Alençon aux héritiers de Robert. Le comté fit
alors partie du domaine de la couronne. Saint Louis le donna en
apanage à son fils Pierre et l'agrandit de quelques villes et
territoires voisins. Après la mort de Pierre, le comté revint au roi
de France, Philippe le Hardi, qui en disposa en faveur de Charles,
son troisième fils, frère de Philippe le bel. Le fils et le
successeur de ce dernier fut ce comte Charles II d'Alençon qui, en
compromettant l'avant-garde française qu'il commandait à la bataille
de Crécy, fut une des causes de cette défaite et s'y fit
tuer.
Parmi les successeurs de ce prince, on remarque
son fils Charles III, qui, dégoûté du monde, entra dans l'ordre
des dominicains ; Jean Ier, sous lequel le
comté d'Alençon fut érigé en duché-pairie et qui périt à la bataille
d'Azincourt, expiation bien due par lui à la France dont il
avait fomenté les troubles et envenimé les blessures ; son
fils, Jean II, pris au combat de Verneuil par les Anglais, qui
s'étaient emparé de son duché (Bedford avait pris le titre de duc
d'Alençon) ; le duc légitime honora sa captivité par sa
constance, par son refus de se soumettre aux conquérants de sa
patrie : il ne fut rendu à la liberté qu'après avoir payé une
rançon considérable, 300 000 écus d'or
(1429).
Il combattit vaillamment pour la délivrance du
pays et commanda l'armée française à la bataille de Patay. Ce ne fut
qu'en 1449, qu'il rentra en possession de son duché. Ce prince
brillant et chevaleresque, ami du faste, de la musique et de la
chasse, fut accusé plus tard, par Charles VII, de connivence
avec les Anglais. Condamné à mort en 1458 par la cour des pairs pour
crime de haute trahison, il vit sa peine commuée. Délivré par son
filleul, le dauphin, devenu roi sous le nom de Louis XI, et
dont l'amitié avait contribué à éveiller envers le duc les défiances
de Charles VII, il se jeta néanmoins dans la ligue du Bien
public, se lia avec les ennemis du royaume : condamné à mort
une seconde fois, sa peine fut encore commuée : il mourut en
prison, en 1476.
Son fils René ne reçut du roi, indisposé contre
sa race, qu'une partie des domaines de son père ; il fut
bientôt, à tort ou à raison, soupçonné d'intrigues contre
Louis XI, condamné à une prison perpétuelle et enfermé dans une
cage de fer ; il n'en sortit qu'à l'avènement de
Charles VIII, qui lui rendit les biens de son
père.
Son fils Charles devint l'époux de Marguerite de
Valois, soeur du roi François Ier, la
Marguerite des Marguerites, comme
l'appelait son frère. Il fut une des causes de la défection du
connétable de Bourbon aux dépens duquel François Ier
avait fait un passe-droit, en le nommant au commandement de
l'avant-garde française, et plus tard sa lâche conduite à la
bataille de Pavie le couvrit de honte ; il vint mourir à Lyon
en 1524.
Sa veuve, Marguerite, séjourna souvent dans ses
domaines et épousa en secondes noces Henri II, roi de Navarre,
et c'est sous le nom de la reine de Navarre qu'elle est
demeurée célèbre dans l'histoire de notre littérature. Elle protégea
les poètes, les savants et les protestants. « Ce fut, dit Brantôme, une princesse de très grand
esprit et fort habile, tant de son naturel que de son
acquisitif : car elle s'adonna fort aux lettres en son jeune
âge, et les continua, tant qu'elle vécut, aimant et conversant, du
temps de sa grandeur, ordinairement à la cour avec des gens les plus
savants du royaume de son frère : aussi tous l'honoroient
tellement qu'ils l'appeloient leur Mécénas, et la plupart de leurs
livres qui se composoient alors s'adressoient au roi son frère, qui
estoit bien savant, ou à elle.... On la soupçonnoit de la religion
de Luther ; mais, pour le respect et l'amour qu'elle portoit au
roi son frère, qui l'aimoit uniquement et l'appeloit toujours sa
mignonne, elle n'en fit jamais aucune profession ni semblant, et, si
elle la croyoit, elle la tenoit toujours dans son âme fort secrète,
d'autant que le roi la haïssoit fort, disant qu'elle et toute autre
nouvelle secte tendoient plus à la destruction des royaumes, des
monarchies et dominations qu'à l'édification des
âmes. »
Marguerite mourut au château d'Odos, en Bigorre,
en 1549. Elle fut la mère de Jeanne d'Albret. Après sa mort, le
duché d'Alençon, dont elle n'avait été que l'usufruitière, retourna
à la couronne. Charles IX le donna à son frère François, alors
âgé de douze ans. Un des seigneurs du pays, Montgomery, qui avait eu
le malheur de tuer dans un tournoi le père de Charles IX,
Henri II, fut poursuivi avec une haine aveugle par la veuve du
roi, Catherine de Médicis.
Protestant et soldat intrépide, il propagea avec
ardeur la religion nouvelle dans le pays et devint la terreur des
catholiques. Il s'empara d'Alençon, qu'il fut plus tard obligé
d'abandonner pour aller rejoindre à La Rochelle le
prince de Condé. A l'époque de la
Saint-Barthélemy, les catholiques voulurent prendre
leur revanche : mais Matignon, lieutenant du roi en basse
Normandie, interdit ces représailles et maintint l'ordre dans son
gouvernement.
Le duc d'Alençon s'étant échappé de la cour, où
il était mal vu à cause de sa modération et de son goût pour les
opinions nouvelles, se réfugia à Alençon, et le roi de Navarre,
depuis Henri IV, vint l'y trouver. Plus tard, pendant les
guerres de la
Ligue, le duché devint le théâtre de la guerre. A
la mort de Henri III, Henri IV s'empara d'Alençon ;
mais, pour acquitter les dettes qu'il avait contractées, il vendit
le duché au duc de Wurtemberg, en 1605.
Marie de
Médicis, devenue régente, le racheta en 1613. Ce fut là qu'elle se
réfugia après s'être brouillée avec son fils Louis XIII, en
1620 ; elle chercha à y rallier ses partisans. Mais le duc de
Créqui, à la tête de dix compagnies de gardes, occupa la ville pour
le roi. Louis XIII établit une généralité ou intendance à
Alençon. En 1646, Gaston, duc d'Orléans, obtint le duché d'Alençon,
qui passa après lui successivement entre les mains de sa femme et de
sa fille, Madame de Guise. Celle-ci en fit le centre d'une
petite cour, assez brillante, qui contribua à la prospérité de la
ville.
Après sa mort, le duché retourna au domaine de
la couronne, et quand il en fut distrait plus tard pour entrer dans
l'apanage d'un des petits-fils de Louis XIV, le duc de Berry,
et enfin dans celui du comte de Provence, depuis Louis XVIII,
ces princes n'en tirèrent qu'un simple revenu et un titre
honorifique : le duché continua à être administré par les gens
du roi.
Pendant la Révolution,
le pays, après avoir incliné vers les idées nouvelles et s'être
attaché un moment au parti girondin, auquel il avait donné un de ses
plus énergiques représentants, Valazé, fut dévasté à plusieurs
reprises par la chouannerie. Le chef des chouans, M. de Frotté,
eut une destinée malheureuse. Après avoir énergiquement soutenu,
avec Georges Cadoudal, une cause désespérée, il fut, en janvier
1800, battu par le général Gardanne, près de La
Motte-Fouquet.
Dans son Histoire du
Consulat, Thiers écrit qu' « enfin le
général Chambarlhac enveloppa dans les environs de Saint-Christophe,
non loin d'Alençon, quelques compagnies de chouans, et les fit
passer par les armes. Cependant voyant, comme les autres, mais
malheureusement trop tard, que toute résistance était impossible
devant ces nombreuses colonnes qui avaient assailli le pays,
M. de Frotté pensa qu'il était temps de se rendre. Il écrivit,
pour demander la paix, au général Hédouville, qui, dans le moment,
était à Angers, et, en attendant la réponse, il proposa une
suspension d'armes au général
Chambarlhac.
« Celui-ci répondit que,
n'ayant pas de pouvoirs pour traiter, il allait s'adresser au
gouvernement pour en obtenir, mais que, dans l'intervalle, il ne
pouvait prendre sur lui de suspendre les hostilités, à moins que
M. de Frotté ne consentît à livrer immédiatement les armes de
ses soldats. C'était justement ce que M. de Frotté redoutait le
plus. Il consentait bien à se soumettre et à signer une pacification
momentanée, mais à condition de rester armé, afin de saisir plus
tard la première occasion favorable de recommencer la guerre. Il
écrivit même à ses lieutenants des lettres dans lesquelles, en leur
prescrivant de se rendre, il leur recommandait de garder leurs
fusils.
« Pendant ce temps, le
premier consul, irrité contre l'obstination de M. de Frotté,
avait ordonné de ne lui point accorder de quartiers, et de faire sur
sa personne un exemple. M. de Frotté, inquiet de ne pas
recevoir de réponse à ses propositions, voulut se mettre en
communication avec le général Guidai, commandant le département de
l'Orne, et fut arrêté avec six des siens, tandis qu'il cherchait à
le voir. Les lettres qu'on trouva sur lui, lesquelles contenaient
l'ordre à ses gens de se rendre, mais en gardant leurs armes,
passèrent pour une trahison. Il fut conduit à Verneuil et livré à
une commission militaire.
« La nouvelle de son
arrestation étant venue à Paris, une foule de solliciteurs
entourèrent le premier consul et obtinrent une suspension de
procédure, qui équivalait à une grâce. Mais le courrier qui
apportait l'ordre du gouvernement arriva trop tard. La constitution
étant suspendue dans les départements insurgés, M. de Frotté
avait été jugé sommairement, et, quand le sursis arriva, ce jeune et
vaillant chef avait déjà subi la peine de son obstination. La
duplicité de sa conduite, bien que démontrée, n'était cependant
point assez condamnable pour qu'on ne dût pas regretter beaucoup une
telle exécution, la seule, au reste, qui ensanglanta cette heureuse
fin de la guerre civile. Dès ce jour, les départements de l'Ouest
furent entièrement pacifiés. »
Pendant la période
qui s'écoula de 1815 à 1870, le département de l'Orne puisa dans la
sage tranquillité de la paix les précieux aliments d'une prospérité
qui fut consacrée aux progrès de son agriculture, de son industrie
et de son commerce.
La désastreuse guerre de 1870-1871 vint
l'arrêter dans son essor. S'il n'en supporta pas le poids sanglant,
il dut du moins satisfaire à de nombreuses réquisitions qui se
chiffrèrent par une dépense de
3 446 234 fr. 45.
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