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27 décembre 1900- 23
avril 1982 Pierre Jean LAUNAY est né à Carrouges place des Halles
(l’actuel Place du Gal LEVENEUR) dans une famille de pure souche normande. Son
grand-père maternel, François-Désiré APPERT (né en 1848 à la Coifferie Commune
de Carrouges section de Ste Marguerite), était quincailler sur cette même place.
D’opinions opposées à celles de sa femme, Marie Modestine née CHAMBAY, originaire
de Damigny, dont le père lui avait son entreprise de couverture à Alençon, le
grand-père APPERT était une figure locale haute en couleur. Il était radical
socialiste et anticlérical. Il avait, dit-on crée une association de « mangeurs
de viande du Vendredi saint » avec ses compagnons de ripaille. Les parents de Pierre François
Jean-Marie LAUNAY, Félix Jean Modeste (né en 1872) et Marie Joséphine
Adrienne APPERT (née le 29 Août 1878 à Carrouges et décédée le 18 Mars 1971 à
Paris 8éme) prirent la succession de la quincaillerie APPERT avant sa venue
au monde (onze mois après le décès le 30
janvier 1900, de son aîné André âgé de cinq mois). Comme la grand-mère CHAMBAY,
ses parents étaient de fervents catholiques et Pierre Jean LAUNAY fut élevé
dans la rigueur de la religion chrétienne après une prime enfance en nourrice à
Ste Marguerite et des études primaires à l’école communale de Carrouges, ils
l’envoyèrent faire ses études secondaires au Collège de l’Immaculée Conception de Flers, espérant sans doute le
voir entrer dans les ordres : (comme il le laisse entendre dans son roman « Léonie la
bienheureuse) Dans une interview du novembre 1937
au journal de Rouen, il se définissait comme : « un élève assez
studieux mais turbulent et facilement révolté. J’avais pour ma mère la
vénération la plus tendre… J’étais pénétré d’un zèle catholique ardent, et dans
Flers, je menais les gamins de mon âge dans des expéditions contre l’Amicale
laïques. A onze ans, j’eus les honneurs du journal pour avoir crevé leur
tambour ! … J’ai la plus grande reconnaissance pour mes professeurs de
Flers. Ils n’ont jamais compris mon cœur, mais ils ont fait tout ce qu’ils ont
pu pour m’orner l’esprit…. A la veille de mon baccalauréat, notre maître de
rhétorique me dit gravement: « l’originalité vous perdra » ». Pierre Jean passe son Bac de Philo
en 1918 avant d’être appelé sous les drapeaux à la fin de l’année.
L’armistice lui épargne le front mais pas les deux ans de service militaire,
service qu’il effectue à Paris, ce qui lui permet ses premiers contacts avec
les milieux littéraires et plus particulièrement surréalistes. En 1922, le 14 Novembre, il entre à
l’Agence Havas comme Rédacteur et se marie à Georgette Jacqueline Marie
Ernestine HERGAST qu’il avait
connue à Bayeux où ses parents avaient acheté une quincaillerie juste après la
guerre. Il en aura un fils, Jacques. Puis voulant devenir éditeur, il
reprend une petite imprimerie, rue Bargue dans le 15e, avec
l’aide financière de son beau-père, mais ce ne fut pas une réussite. Il exprime
à ce sujet des propos amers sur la « haine de classe » : «
J’étais plein d’illusions mais mes gaillards d’ouvriers et d’employés les
firent fondre à toute vitesse. Je ne
leur en veux pas, ils étaient victimes de la plus colossale entreprise de
bourrage de crânes qui ne se soit jamais vue. » S’il avait flirté quelques temps avec les idées progressistes marxisantes,
il s’en était rapidement détourné, ne supportant pas le caractère extrémiste du
Parti Communiste naissant et l’athéisme matérialiste qu’il professait. En effet, si Pierre-Jean ne fut pas un « bon
chrétien « (il divorça de sa première femme) et si ses écrits sentent
souvent « le soufre », il n’en demeurera pas moins attaché à la foi
de son enfance dans sa quête mystique. Pendant cette période de 1922 à 1930 il fréquente le salon de Lise DEHARME
où il rencontre, entre autres, ARAGON, ELUARD, LACAN, FERDIERE., poète rouennais
spécialiste du Huysmans. C’est aussi
l’époque où il se rend compte que son union reposait sur une
illusion : « Je m’aperçus soudain que j’avais été follement
amoureux d’une femme imaginaire car celle qui recevait mes hommages n’avait
aucun rapport avec mon rêve. » Sa déception amoureuse le pousse à voyager. Avec mille francs en poche, il
parcourt la Roumanie, puis l’Autriche, la Hongrie et l’Europe Centrale. «
Dans mes épreuves, la pensée de Dieu me soutenait. J’espérais aussi, au détour
d’une route étrangère, rencontrer la compagne idéale à qui offrir toutes mes
peines et toutes mes tendresses » Ce ne fut pourtant pas ainsi qu’il connut « Betty » mais dans le cadre d’une salle de rédaction où
elle était jeune stagiaire. (Betty :
Berthe Joséphine Eugénie VEVE, la femme
dont il tomba éperdument amoureux, il l’épousa le 29 Juin 1935 et il l’aima
intensément jusqu’au terme de sa vie) « Le Journalisme » « En plus de Betty, j’ai trouvé là un milieu de camarades sûrs, plein
de talent, qui m’ont entouré de la plus chaude sympathie ». Il découvre le Journalisme et entre en 1931
à Paris-Soir. Il est successivement second puis premier Secrétaire de
Rédaction, courriétiste littéraire puis Rédacteur en chef de Pais-Soir
Dimanche. Il se lie d’amitié avec Pierre LAZAREFF, Georges et Charles GOMBAULT,
Raymond MANEVY avec qui, après la guerre, il reprendra la rédaction en chef
de « LIBERATION ». Il se liera aussi d’amitié avec Blaise
CENDRAS, Joseph KESSEL, Francis CARCO et COLETTE. Mais c’est pour Betty qu’il se remit à écrire (sa
première publication fut celle de poèmes, en 1934, sous le titre «Fausses notes » Trois éditions G.L.M suivant deux
nouvelles écrite en 1932 Récit de voyage et Carnaval) afin de lui raconter son pays : « Les
personnage du Maître du Logis
s’imposèrent à moi en une nuit et le
livre exista dès le moment où je lui expliquais tout ». Elle fut le
catalyseur de son œuvre romanesque dans laquelle l’amour et le mystère s’interpénètre
pour y joué un très grand rôle.
fut
publié en 1937. Il recueillera trois voix au prix Renaudot, contre cinq à Mervale,
de Jean Rogissart édité tous deux chez Denoël. Il fut aussi considéré comme un
« poulain du Goncourt » mais c’est un autre normand LA VARENDE, qui
l’emportera avec Nez de cuir. Concernant l’inspiration paysanne de ce premier roman : « Le
Maître du Logis » LAUNAY
confie : « Toute la campagne autour d’Alençon (où il venait en
vacances chez sa grand-mère maternelle retirée à Damigny après son veuvage) et
surtout celle de Carrouges était à
jamais inscrite en moi avec ses bois et ses ciels, ses odeurs et ses ardeurs
… Dans mon village, une atmosphère de sorcellerie
ne nous quittait pas. Deux de mes camarades habitaient une ferme où, sous les
coups de minuit, pleuraient des fantômes et je n’ai jamais osé, pendant toute
mon enfance, poser le pied sur la trappe de ma chambre qui me semblait magique
et dont je croyais qu’elle m’eût englouti sur l’heure. Ma grand-mère m’avait
nourri d’images de terreur. Elle me répétait : Tu finiras sur
l’échafaud. » (Quand LAUNAY fut arrêté par la Gestapo en 1943, il pensa
qu’elle allait avoir raison !). Ce sont ces fantasmes de sorcellerie qui
alimentèrent l’imaginaire de l’auteur plus que des expériences vécues et
l’évocation de la société paysanne telle qu’il nous la décrit laisse perplexe. Le pays de son enfance, Carrouges et ses environs, est encore celui de la
solitude et d’un mystère sauvage qui vous accueillent dès les premières pages
du roman et vous inquiètent lorsqu’on parcourt les petites routes autour du
chef-lieu de canton : les bois succèdent aux landes, les eaux stagnantes
aux ruisseaux sans murmures et l’on pourrait
s’y contenter d’en savourer l’atmosphère mélancolique si la curiosité ne nous
incitait à retrouver des lieux précis et des personnages réels là où LAUNAY a peut-être, tout simplement,
laissé aller son imagination. Pourtant,
difficile de ne pas chercher la ferme de la veuve Angélina, à deux kilomètre du
bourg, quand l’auteur nous parle de Sées, Argentan, la forêt d’Andaine,
Rouperroux, Longuenoë, la grande clairière de Mont Dare ( Monthart), la croix
des Bruyères, le petit Douis ( Drouis), Les vaux à la Dame ( la voie à la
dame), les Vaugerons ( le vaugeron). C’est cette
inspiration paysanne de sorcellerie
qu’on retrouvera dans son second roman en 1938. Beaucoup de
critiques lui préférant pourtant « Le
Maître du Logis » tel Edmond JALOUX qui écrit : « Le cadre,
les personnage du Maître du logis nous
donnait une vision étrange et curieuse de l’Orne ; assez voisine, en
somme, du Cotentin de Barbey d’AUREVILLY. Comme ce dernier, LAUNAY a un fond de
brutal et savoureux réalisme ; comme lui encore, il se laisse charmer par la
sorcellerie et le fantastique… » Dans Léonie La Bienheureuse, il s’est assagi. Gaston Gallimard, qui voulait en finir cette année-là avec le « monopole » de fait de Denoël sur le prix Renaudot, poussait Sartre ; à la réunion préparatoire, une majorité de jurés s’étaient déclarés en faveur de La Nausée. Sartre, dit-on, avait enregistré la veille un message sur Radio-Luxembourg pour remercier le jury. A la dernière minute, pour éviter une trop voyante unanimité, plusieurs jurés ont choisi le roman de Launay.
Léonie
La Bienheureuse
il fut mobilisé
dans la « territoriale » et rejoint son régiment à Argentan où il
passera la « drôle de guerre »
comme sergent adjoint au capitaine. Lors de l’invasion allemande il
échappe de justesse à l’encerclement de son régiment à Mayenne et réussit à
rejoindre son fils Jacques et Betty réfugiés chez le frère de celle-ci en
Corrèze. Il retrouve son journal Paris-Soir, replié à Clermont-Ferrand avant de se transporter à Lyon, sous la
direction de l’ancien garçon d’ascenseur du journal, agent de la cinquième
colonne. Aussi, dés 1941, refusant de participer à la politique de
collaboration de Vichy, il abandonne le journalisme et se retire à Brive où il
participe à la direction administrative d’un établissement pour « enfants
déficients » que sa femme Betty
avait reconstitué avec des enfants
réfugiés de Paris. Il entre dans le mouvement de la résistance «
combat » sous les ordres de Guillain de BENOUVILLE et de Jacques RENOUVIN. Pendant cette période, il continue d’écrire et publie, chez Corréa, deux livres En 1941, premier volume d’une histoire de sa génération paru sous le titre général de « Vingt-cinq années d’une Société », dont le deuxième volume :
Corps à Cœur paraîtra en 1948 et L’ Amour n’est pas l’affaire
des hommes En 1943, recueil de
nouvelles écrites entre 1941 et 1943, influencées par la lecture de FAULKNER En Janvier 1943,
il est arrêté par la Gestapo avec plusieurs camarades en gare de Brive et sera
interné à Compiègne ou il rencontre le psychanalyste Sacha NACHT qui l’aide à
supporter cette captivité dont il sera délivré au bout de trois mois, grâce au
courage et à l’opiniâtreté de son épouse auprès des autorités allemandes. A la
libération, Pierre Jean LAUNAY est nommé
Rédacteur en chef adjoint du quotidien LIBERATION issu de la Résistance et réussit, avec son vieil ami Raymond MANVY à en faire un des
grands quotidiens du Paris de l’après-guerre dans lequel signaient Albert CAMUS
et René FALLET. Il quitte cette fonction quand,
sous l’influence de son directeur Emmanuel d’ASTIER de la VIGERIE, le
journal vire vers les idées politiques du Parti Communiste. Il retrouve ensuite
Pierre et Hélène LAZAREFF qui viennent de créer le magazine féminin ELLE, dont
il devient d’abord Directeur Littéraire puis Directeur Général Adjoint jusqu’à
sa retraite en 1968. En 1946, il publie
un recueil de nouvelles : aux éditions Correa, dédié à ses compagnons Jacques RENOUVIN et
André DELON, et dans lequel il livre sa vision de la résistance à travers des
récits qui relatent sous forme romancée, des faits réels connus se situant en
Corrèze et une autres nouvelles sortie dans Samedi Soir : Il revient vers ses premiers amours et cette
inspiration paysanne de sorcellerie de ses deux premiers romans que l’on retrouvera
encore mais d’une autre façon dans celui paru en 1950, qui traite du mystère,
de l’ésotérisme et de la possession : Ludovic Le Possédé
Puis il accomplit son vieux rêve de connaître la Grèce et y fait plusieurs voyages au cours desquels il fait d’innombrables photos qui donneront lieu à deux albums des Avec ses
clichés il construira aussi un
documentaire qu’il présentera en conférence dans toute la France de 1950 à
1955, sous l’égide de l’Alliance Française et en sera remercié par le Roi de
Grèce qui le fera officier de l’Ordre du Phoenix en 1952. Il puisera, à travers ses voyages, l’inspiration de son avant-dernier roman :
Aux
portes de TREZERE Publié en 1966 chez GRASSET
dont il fit partie du Comité de lecture après sa retraite , ce récit marqué par
la mythologie grecque, met en évidence une histoire très exploitée au théâtre,
à l’opéra, au cinéma, dans les romans mais présent aussi dans la vie :
l’amour incestueux d’une épouse pour le fils de son mari : C’est le mythe
d’Hippolyte. L’auteur démontre, que de nos jours, les sortilèges des grands
dieux de l’Antiquité influencent encore la destinée des pauvres hommes.
L’action se déroule dans le site mythique de « l’aimable Trézène »
telle que la décrite RACINE. Cette ancienne ville de l’ARGOLIDE - lieu de
naissance de Thésée – s’ouvre sur le golfe Saronique du nom du roi qui s’y
noya. Cette région propice au maquis permit le développement de la lutte des partisans
Grecs contre l’occupants Nazis et le climat crée par la magie du lieu et le
contexte émotionnel favorise l’éclosion d’un drame dont l’analogie avec Thésée
s’impose dans l’imagination survoltée du narrateur. Le drame se noue tout
naturellement avec l’arrivée du beau Arés dans le maquis grecque, fils de
Ménélas DEMETRIOS un aventurier moderne sur le retour dont la jeune épouse
Sophie sera la Phèdre. C’est un roman mystique, assez
terrifiant, où la sensualité légère et poétique des récits antiques n’est pas
ressentie mais nous savons que Pierre-Jean LAUNAY fut toute sa vie un être
angoissé, préoccupé, déchiré par les ambiguïtés de sa vie d’homme, mais c’est
certainement ce qu’il a écrit de meilleur. En 1972, paraît son dernier roman : qui n’a pas été très bien compris par la
critique. Il s’agit en effet d’un récit psychologique insolite où se mêlent les
troubles de mémoire d’une vieille dame autoritaire qui considère la mort sans
compassion excessive et qui se confond avec la grande demeure qu’elle a
maintenue fermement jusqu’à sa propre
fin et le psychodrame des couples de ses quatre enfants qui la jalousent, la haïssent ou l’aiment
malgré eux tout en continuant de protester, de se plaindre, pour essayer de
raviver les souvenirs de la Vieille Dame qui se souvient à peine de leur
identité. C’est deux dernier livre furent
écrits dans le Midi, à Mougins, où dans les années 60, il avait fait construire
une maison pleine de charme autour d’un patio grecque. Il aimait y être
entouré de ses trois filles et y
recevoir ses nombreux amis et son fils Jacques (Psychiatre et psychanalyste).
Mais s’il aimait le Midi, il gardait une profonde tendresse pour son pays natale, Carrouges et ses environs,
Damigny et Flers et ne se départi jamais de son accent rocailleux. Il disparut le 23 Avril 1982,
d’un infarctus foudroyant. Il avait 81 ans mais en paraissait dix de moins au
dire de ses proches et amis. Titre :
Membre du jury du Prix Interallié
Membre du jury du Prix des Quatre Jurys
Vice-président de la Société des Gens de Lettres
Officier de la Légion d’Honneur
Officier des Arts et des Lettres
Commandeur de l’Ordre du Phoenix de Grèce |